Je vous copie-colle ci dessous l'article lu sur le site du point hier après-midi ça fait réflechir je trouve... j'ai trouvé cet article très intéressant:
http://www.lepoint.fr/content/societe/article?id=45064
"Comment on nous gave de sucre
18/01/2007
- ©
Le Point
Nous
engloutissons chaque année 34 kilos de sucre, 11 de plus qu'il y a cinq
ans. Voici comment notre consommation dérape dangereusement
En
France, 15 % des enfants sont obèses ou en surpoids. Deux fois plus
qu'il y a dix ans. Et, d'après l'Académie de médecine, ils seront 25 %
en 2020 !
La faute à qui ? A la malbouffe, selon 80 % des
Français (1). A regarder les têtes de gondole des supermarchés, on
pourrait croire que tout le monde s'est mis à l'allégé et au
diététique. Sauf qu'il s'agit d'une illusion d'optique. Manger sain en
avalant par exemple les cinq fruits et légumes quotidiens recommandés
par le ministère de la Santé reste financièrement inaccessible à une
grande partie des Français, qui continuent de remplir leurs Caddie avec
des produits trop gras, trop salés ou trop sucrés. « La densité énergétique de notre alimentation augmente
d'année en année, alors que notre mode de vie sédentaire nous fait
brûler de moins en moins de calories »,
explique la pédiatre Marie-Laure Frelut, spécialiste de l'obésité infantile (2).
Comment en est-on arrivé là ? Afin de produire en masse et à bas prix,
l'industrie agroalimentaire a misé sur les matières grasses bon marché.
Mais, pour nous faire avaler tout ce gras hypercalorique, il a fallu
trouver des « moteurs gustatifs ». Au premier rang desquels le sucre. « Il ne viendrait à l'idée de personne d'ingurgiter 20 grammes
de beurre. C'est pourtant l'équivalent calorique, enrobé de six
morceaux de sucre, d'un Esquimau », précise le docteur Frelut.
Chaque année, nous engloutissons environ 34 kilos de sucre. Onze de
plus qu'il y a cinq ans. Les moins de 15 ans sont carrément passés de
29 à 39 kilos. Et 80 % de ce sucre est préincorporé dans les aliments
et les boissons par les industriels. Le plus souvent subrepticement,
puisqu'il n'est pas obligatoire d'indiquer sur l'étiquette les
quantités ajoutées. L'Organisation mondiale de la santé tire la
sonnette d'alarme : la part du sucre dans notre ration énergétique est
deux fois trop élevée. « L'agrolimentaire risque de connaître la même situation que l'industrie du tabac »,
prévient Daniel Tomé, professeur de nutrition à l'Institut national d'agronomie de Paris.
LES PIÈGES DU GRIGNOTAGE
Si l'agroalimentaire ajoute du sucre en quantité dans notre assiette,
c'est aussi pour nous faire manger plus. Explication : plus on consomme
de sucre, plus on en redemande. C'est particulièrement vrai pour les
produits de grignotage (ou snacking
). Afin de nous faire manger plus, les industriels sont allés jusqu'à stigmatiser le « diktat des trois repas ».
« En quelques années, le grignotage s'est traduit chez certains par l'équivalent calorique de sept repas par jour ! »
regrette Daniel Tomé. Si l'on mange plus en grignotant, c'est parce que l'on se rassasie moins vite.
« Il faut quinze minutes au cerveau pour prendre en compte ce que nous avalons »,
indique le docteur Fricker, nutritionniste à l'hôpital Bichat (3). Et,
comme le cerveau fait ses comptes en fonction du volume des aliments,
les produits de snacking, vendus en miniportions pour être avalés
rapidement, sont des bombes caloriques qui passent presque inaperçues.
Aujourd'hui, 90 % des ados pratiquent le snacking, qui représente 20 %
de leurs apports énergétiques. On comprend mieux pourquoi les
distributeurs automatiques de boissons sucrées et autres produits de
grignotage sont le cauchemar des nutritionnistes... ( lire page 68
).
Un snacking dopé par les boissons sucrées.
«
Lorsque vous buvez un soda, votre taux de sucre dans le sang grimpe en
flèche et sécrète de l'insuline en abondance. Ce qui provoque, deux
heures après, une sensation de faim avec une attirance pour des
produits sucrés, qui vont de nouveau augmenter votre taux de glucose
dans le sang », précise le docteur Fricker. Un cercle vicieux
d'autant plus délétère que l'organisme ne comptabilise pas les calories
sous forme liquide. En vingt ans, notre consommation de boissons
sucrées a doublé, pour atteindre près de 50 litres par personne et par
an. Dramatique quand on sait qu'un enfant qui prend un soda par jour a
60 % plus de risques de devenir obèse que celui qui n'en consomme pas
(4).
MAINMISE SUR L'ÉCOLE
Pour investir l'école, les firmes agro-alimentaires ont remis au goût
du jour la collation de 10 heures. L'idée revient à la Collective du
biscuit, qui a fait appel à l'agence de communication Protéines. « Nous avons travaillé auprès des enseignants et des parents
en leur expliquant que manger des biscuits à la pause de 10 heures
était une source d'énergie pour les enfants »,
précise- t-on chez Protéines. Une collation maintenant ancrée dans les habitudes.
« Contrairement au goûter de 16 heures, cette pause matinale n'a pourtant aucune justification nutritionnelle
, critique le docteur Frelut.
Pis, à coups de barres chocolatées, c'est souvent le repas le plus gras de la journée. »
En prime, les gâteaux consommés à 10 heures coupent l'appétit. A la
cantine, les enfants boudent leur assiette et dans l'après-midi,
affamés, ils se rattrapent sur le goûter... L'avis de l'Agence
française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) est sans appel :
il faut faire une croix sur la collation du matin à l'école, car elle « peut favoriser l'augmentation de l'obésité ».
Un avis qui laisse de marbre le ministère de l'Education nationale.
Le
lobby du sucre peut se flatter d'avoir inventé, avec la Semaine du
goût, l'opération la plus médiatique après le Tour de France. Le
créateur de cette manifestation, orchestrée par le chroniqueur
gastronomique Jean-Luc Petit-renaud, n'est autre que la Collective du
sucre. Initialement, l'objectif était de contrer la mode du « light ».
Désormais, il s'agit de faire fructifier le capital sympathie du sucre.
Pour ce faire, la Semaine du goût, qui coïncide avec le lancement de la
récolte de la betterave à sucre, n'oublie pas de mettre à l'honneur le
saccharose. Avec la distribution dans les écoles de dépliants sur les
recettes sucrées, baptisées« récréations gourmandes », et des
animations sur la place du dessert dans la restauration scolaire. Tous
les ans, la Collective du sucre met sur la table 1 million d'euros,
dont plus de 400 000 pour la seule communication, assurée par une
quinzaine d'attachées de presse.
« Il n'y a pas
d'éléments qui permettent de penser que le sucre puisse être mis en
cause au regard du surpoids et de l'obésité », explique Claude
Risac, directeur général du Centre d'études et de documentation du
sucre (Cedus), le bras armé du lobby sucrier. Un discours prégaliléen
qui laisse pantois les nutritionnistes. Tout comme la collection de
guides du Cedus, baptisée « Sucre et santé », qui nous apprend par
exemple qu'il n'existe pas de « corrélation entre la consommation de sucre et la survenue de caries »
, sous prétexte que depuis 1960 l'incidence des caries diminue dans les pays développés...
Ou encore cette campagne publicitaire lancée en 2002 dans la presse
étudiante, qui expliquait combien le sucre facilitait le travail des
neurones. Le jour de l'épreuve de philo, les candidats d'Ile-de-France
s'étaient même vu remettre des « kits de survie » contenant des
conseils pour réussir l'examen, comme celui d'emporter « quelques morceaux de sucre » . En fait, si le cerveau
roule bel et bien au sucre, nul besoin d'en croquer à longueur de
journée puisque notre foie se débrouille tout seul pour en produire.
Sur un budget de 4 millions d'euros, le Cedus en investit un quart pour
« encourager la recherche »
. Le reste sert à diffuser la bonne parole aux professionnels de santé
et aux enseignants, auxquels il fournit du matériel pédagogique. Le
Cedus a ainsi participé à Fleurbaix Laventie, une étude qui a montré
que les gens minces étaient ceux qui mangeaient le plus de sucre. Le
tout coordonné par le docteur Jean-Michel Borys, salarié de l'agence
Protéines.
Via l'Institut Benjamin-Delessert, qu'il a créé, le
Cedus organise régulièrement des colloques sur la place du sucre dans
l'alimentation, et décerne un prix lors de la Journée de nutrition et
de diététique, qui réunit tous les ans un millier de professionnels de
santé. C'est le professeur Arnaud Basdevant, responsable du département
Nutrition de l'Hôtel-Dieu et vice-président du jury du prix
Benjamin-Delessert, qui en réalise le programme scientifique. Il arrive
aussi à ce diabétologue de prêter main-forte au Cedus. « Arnaud Basdevant relit gratuitement les papiers scientifiques destinés au corps médical »,
a expliqué au
Point
le directeur général du Cedus. Une collaboration que le médecin reconnaît du bout des lèvres :
« C'est arrivé une fois. »
Le professeur Basdevant participe également au programme Elpas, dont le
chef de projet n'est autre que le Cedus. Une étude grâce à laquelle le
lobby espère relativiser le rôle des sucres dans la prise de poids, en
mettant en avant le fait que ces derniers pèsent deux fois moins de
calories que les graisses. Sauf que, si l'on mange trop gras, c'est bel
et bien en partie à cause du sucre, puisque l'un ne va pas sans
l'autre. En outre, le sucre raffiné est une « calorie vide »,
c'est-à-dire dépourvue de tout nutriment protecteur de l'organisme
comme les minéraux ou les vitamines.
DES PRESSIONS SUR LES POUVOIRS PUBLICS
Le 14 avril 2003, le Cedus a adressé un courrier au directeur général
de la Santé pour critiquer son projet d'un logo distinguant les
produits alimentaires jugés bons pour la santé et celui d'un repérage
précoce de la surcharge pondérale. Motif : il existe d'autres
priorités, comme « le dépistage des violences et de la consommation de drogues »
. Et pour faire entendre sa voix auprès du ministère de l'Agriculture,
le lobby du sucre mise sur les 34 000 betteraviers français. Réunis au
sein de l'Association sucre-produits sucrés, communication,
consommation (ASPSCC), producteurs de sucre et groupes agroalimentaires
entendent aussi peser sur les futures recommandations de l'Afssa. « C'est un sujet sensible, avec des pressions. Nous avons dû
retoquer de notre groupe de travail Sucre des experts trop liés aux
industriels
, a confié au
Point
Martin Hirsch.
Mais il faut être réaliste. Dans un domaine comme celui-là, on ne peut pas espérer une absence totale de conflits d'intérêts. »
D'où la présence au sein du groupe de travail Sucre, chargé d'émettre
des recommandations sur le contenu des aliments et l'étiquetage, du
docteur Borys, l'un des responsables de l'agence Protéines, qui a comme
client régulier le Cedus. Mais aussi d'un professeur de nutrition qui
collabore à ce même Cedus et d'un praticien hospitalier membre du
conseil scientifique de Coca-Cola.
L'OMS INFILTRÉE
L'Organisation
mondiale de la santé est également dans le collimateur des sucriers. En
mai 2002, l'OMS a jeté un pavé dans la mare avec un rapport qui
recommandait, afin d'enrayer l'épidémie d'obésité, de limiter à 10 % la
quantité de calories tirées quotidiennement du sucre ajouté dans les
aliments transformés et les boissons. La Sugar Association,
l'organisation mondiale du sucre, a tout fait pour empêcher la
publication dudit rapport. Jusqu'à menacer le directeur général de
l'OMS de faire pression sur le Congrès américain pour que ce dernier
supprime sa subvention annuelle de 406 millions de dollars. Le 5
janvier, le directeur général de l'OMS recevait une lettre, émanant
cette fois du conseiller du secrétaire d'Etat américain à la Santé, qui
metttait en question la qualité scientifique du rapport. Celui-ci ne
cesse d'ailleurs d'être attaqué par les industriels. Avec les mêmes
arguments que ceux longtemps utilisés par les fabricants de tabac pour
discréditer les études qui faisaient le lien entre cigarettes et cancer
du poumon.
Ce n'est pas la première fois que l'industrie
agroalimentaire tente d'influencer l'OMS. Dans un récent rapport sur le
sujet réalisé par un universitaire américain spécialiste en santé
publique (5), on découvre comment certaines firmes ont réussi, en
plaçant des experts dans différents comités scientifiques au sein de
l'OMS, à bloquer tout projet de réduction du sucre, du gras ou du sel
dans les aliments industriels. Est notamment dénoncé le rôle de
l'International Life Sciences Institute, une ONG dirigée jusqu'en 1991
par le vice-président de Coca-Cola, qui a lancé une trentaine d'études
sur la nutrition, auxquelles a notamment participé Danone.
Rien ne doit entacher l'image positive du sucre. A tel point qu'en juin
2002, lorsque l'Association française des diabétiques (AFD) a édité des
affiches montrant des morceaux de sucre avec la mention « Dépassement
dangereux », le Cedus a aussitôt agité la menace de poursuites
judiciaires. « Nous avons préféré stopper la campagne de prévention »,
a expliqué au
Point
Guillaume Charpentier, président de l'AFD. Pour les industriels, il
faut éviter de faire un lien entre sucre et problèmes de santé
publique. Face à l'épidémie d'obésité, ils invoquent l'argument de la
liberté individuelle : on a le droit d'être obèse. Afin de défendre
cette thèse, l'agro-alimentaire a repris à son compte certaines
trouvailles des sociologues telles que l'« obésophobie », stigmatisée
par le sociologue Claude Fischler. Selon ce dernier, les « médias qui relaient le discours médical »
sont en partie responsables du rejet par notre société de l'obèse, dont l'image serait devenue celle du
« maudit »
. Quant au modèle de la minceur, Claude Fischler n'hésite pas à le comparer à la
« forme laïcisée de la sainteté de jadis »
.
L'agroalimentaire a même sorti du chapeau une nouvelle maladie, l'« orthorexie ». En clair, l'obsession des aliments sains.
«
C'est un désordre alimentaire apparu en 1997. Les personnes qui en
souffrent se baladent avec leur yaourt au soja dans la poche... »,
ironise Anna Yung, ex-chercheuse chez Danone, aujourd'hui présidente du
Conseil européen de l'information sur l'alimentation (Eufic). Cette
organisation à but non lucratif, dotée d'un budget de 1 million
d'euros, aligne une quinzaine de sponsors, dont Danone, Coca-Cola,
Ferrero, Frito-Lay, Masterfoods, McDonald's, Nestlé... Sa dernière
lettre d'information, diffusée à 220 journalistes, s'intitule : «
Orthorexie : quand il devient malsain de manger trop sain ». Pour
nourrir ses dossiers scientifiques, Eufic s'appuie sur un comité
d'experts où l'on retrouve le professeur Basdevant... Jamais les
produits allégés n'ont été aussi nombreux dans les rayons. Ils pèsent
aujourd'hui en France plus de 2 milliards d'euros. L'allégé, c'est bon
pour l'image, et c'est rentable parce que c'est plus cher. Coca-Cola
l'a très bien compris, qui met en avant sa gamme « light » comme preuve
de sa préoccupation de la santé. « Coca-Light Lemon, lancé il y a un an, nous a permis de recruter 100 000 nouveaux foyers »,
se réjouit Eric Laurencier, directeur adjoint de la communication.
Pendant ce temps, les ventes du Coca traditionnel, qui représente un
chiffre d'affaires de 570 millions d'euros, continuent de grimper au
rythme de 3 % par an, grâce à des publicités à la télévision destinées
aux jeunes, comme « Chihuahua » ou « Dancing Boy ».
PUB : LE ROULEAU COMPRESSEUR
C'est tout le paradoxe. Les industriels font dans l'allégé pour se
disculper, tout en accentuant la pression publicitaire sur les produits
hypercaloriques. Près de 70 % des spots télévisuels montrent des ados
en train de grignoter ou de siroter des boissons sucrées. Entre 1998 et
2001, les investissements publicitaires ont augmenté de 42 % pour la
confiserie et de 268 % pour les biscuits. Pour freiner cette dérive, le
Bureau de vérification de la publicité a sorti une recommandation qui
précise que les spots « ne doivent pas inciter les enfants à s'alimenter tout au long de la journée »
. Les sénateurs sont allés plus loin. Le 19 janvier, ils ont adopté un
amendement au projet de loi sur la Santé publique qui exige que toute
publicité vantant un produit alimentaire dans un programme pour la
jeunesse soit accompagnée d'un avertissement sanitaire. Au grand dam de
l'Association des agences conseils en communication, qui a dénoncé une
atteinte à la liberté d'expression. Et des industriels de
l'agroalimentaire, qui ont multiplié les actions de lobbying envers les
députés devant trancher cette semaine en deuxième lecture. En
attendant, les dépenses publicitaires pour les biscuits, confiseries,
snacking, chocolats et boissons sucrées ont atteint l'année dernière
203 millions d'euros, alors que le ministère s'est contenté de 22
millions d'euros pour diffuser ses recommandations sur la nutrition...
MANGER SAIN COÛTE CHER
En fait, l'agrolimentaire est confrontée à une équation insoluble :
concilier nourriture bon marché et qualité nutritionnelle. Conscients
d'être allés trop loin, les grands groupes revoient à la baisse la
densité calorique de leurs produits. Nestlé, numéro un mondial de
l'alimentation, a dégraissé et allégé en sucre 3 000 recettes. La firme
suisse a même réduit la dose de sucre de ses Smarties. Chez Danone
aussi, on s'est mis à améliorer les produits. « Dans nos biscuits, nous avons réduit la part des mauvaises graisses pour qu'elles ne dépassent pas 30 % »,
explique Patrick O'Quin, directeur des relations extérieures. Et dans
les pots pour bébés pomme-coing, Danone met désormais de la banane au
lieu d'ajouter du sucre. Même astuce pour les compotes de pomme. « Nous utilisons des pommes non acides comme les Golden plutôt que de forcer sur le sucre. »
Sauf que ces ajustements ont une limite financière et technologique.
«
Impossible de diminuer la quantité de sucre de plus de 10 %, sinon le
consommateur décroche. Or il n'existe aucun ingrédient magique capable
de remplacer le sucre. » Comme l'explique Edouard Malbois, ancien
de Coca-Cola, aujourd'hui à la tête d'Enivrance, agence conseil
spécialisée dans l'alimentation, « les groupes ont du mal à sortir de leurs schémas de production bas de gamme »
. On se retrouve avec, d'un côté, des produits peu chers,
hypercaloriques, qui affichent le strict minimum en termes de qualité
nutritionnelle et, de l'autre, des aliments sains et équilibrés vendus
au prix fort. Une chose est sûre, la fracture sociale passe par
l'assiette. L'obésité est inversement proportionnelle à la taille du
porte-monnaie. On trouve ainsi deux fois plus d'obèses chez les
ouvriers que parmi les professions libérales
1. Cabinet Morgan Stanley.
2. « L'obésité de l'enfant et de l'adolescent » (Odile Jacob).
3. « Etre mince, en bonne santé et bien dans sa peau » (Odile Jacob).
4. The Lancet, 17 février 2001.
5. The Guardian, 9 janvier 2003.
Nombre de morceaux de sucre contenus dans des aliments
Biscuits soufflés à apéritif :
8 sucres
Pain au chocolat :
7 sucres
Soda :
6 sucres
Cheese-burger :
6 sucres
Barre chocolatée :
6 sucres
Yaourt aux fruits :
3 sucres
Ketchup :
1/2 sucre
Pourquoi nous aimons tous le sucre
Si nous craquons tous pour le sucre, c'est par instinct de
conservation. Dans la nature, l'amer et l'acide sont souvent toxiques,
tandis que le sucre n'est censé présenter aucun danger. L'autre raison,
c'est la paresse. « Nous trouvons du plaisir dans ce qui nous procure de l'énergie sans trop d'efforts
, explique le professeur Patrick Tounian, gastro-entérologue à l'hôpital Armand-Trousseau, à Paris.
Or les aliments sucrés sont des sources de calories rapidement assimilables par l'organisme. »
Un goût inné qui se renforce au contact du lactose, le sucre contenu dans le lait maternel
C.L. et O. R.
Le sport comme alibi
Pas
question de manger moins, c'est au consommateur de brûler les calories
en surplus. Et, pour y parvenir, il suffit de faire du sport. C'est en
substance le message servi par l'agroalimentaire. Le Syndicat national
de la biscuiterie française diffuse ainsi chez les pédiatres des guides
« Biscuits et gâteaux » accompagnés de cet avertissement : «Parents,
soyez vigilants ! Limitez le temps passé devant le petit écran, incitez
vos enfants à bouger... » Coca-Cola, premier acheteur de sucre avec 180
000 tonnes par an, distribue gratuitement du matériel sportif dans plus
de 800 établissements scolaires.
Pour nous faire croire que
l'activité physique est la baguette magique contre les kilos en trop,
les industriels de l'alimentation financent un grand nombre d'études. « Le message est que si les enfants font du sport, ils mincissent, et peu importe ce qu'ils mangent »,
explique François Guillot, de l'agence IE, chargée de médiatiser les
résultats de l'étude Icaps, menée dans le Bas-Rhin, sur un millier de
collégiens, par la firme Masterfoods, qui vend du Mars, du Bounty et
M'n'M's. « Quand on entend que le sucre est un problème, on conseille
systématiquement aux industriels de répondre qu'il faut encourager
l'activité physique »,
ajoute François Guillot.
De
son côté, Nestlé participe, avec 250 000 euros par an, à Ensemble
prévenons l'obésité des enfants, une opération qui vise à promouvoir
l'activité sportive. Idem pour Bien manger, bien bouger. Lancé dans 127
écoles parisiennes, ce programme de 400 000 euros est essentiellement
financé par la profession laitière et le Centre d'étude et de
documentation du sucre (Cedus).
Ce que l'agroalimentaire
oublie de dire, c'est qu'il faut une heure de marche pour éliminer
l'équivalent calorique de deux poignées de cacahouètes ou d'un pain au
chocolat. En clair, faire du sport est fortement recommandé pour nos
artères, mais inefficace pour réduire le tour de taille. Comme
l'indique la nutritionniste Marie-Laure Frelut, « le sport solution miracle au surpoids est un mythe sur
lequel s'appuient les industriels pour se dédouaner du contenu
hypercalorique de leurs produits. »
C. L. et O. R.
Le cheval de Troie des distributeurs
Chaque jour, 100 000 produits de grignotage et boissons sucrées sont
écoulés dans les collèges et lycées, grâce à 10 000 distributeurs
automatiques. « Ces machines sont source d'obésité, de diabète et de maladies cardiovasculaires pour nos enfants
, s'insurge Martin Hirsch, le patron de l'Afssa.
On
ne tolérerait pas la présence de distributeurs de cigarettes dans les
établissements scolaires, il faut adopter la même fermeté à l'égard des
boissons et des sucreries. »« Nous sommes montés au créneau pour qu'elle ne voie pas le jour
, confie Jean-Loup Bariller, délégué général du syndicat,
nous
avons des alliés dans la place : les proviseurs et les parents, qui
considèrent que les distributeurs limitent les sorties des élèves
pendant les interclasses. » Il est vrai aussi que les propriétaires
des machi-nes reversent environ 12 % des bénéfices aux établissements
scolaires. Derrière les distributeurs automatiques, on trouve les
géants de l'agroalimentaire tels que Nestlé et Coca, mais aussi, plus
curieusement, des mastodontes de la restauration scolaire, comme le
groupe Compass, qui a mis la main, avec Selecta, sur le premier parc de
machines... Le 14 octobre 2003, les parlementaires ont retoqué
l'amende- ment au projet de loi sur la santé publique du député PS
Jean-Marie Le Guen, qui conditionnait l'installation des distributeurs
à la mise en place de fontaines à eau. « On nous accuse de participer au déséquilibre nutrition- nel
des enfants. Essayez de faire acheter à un gamin une pomme à 4 heures.
Ce sont des clients comme les autres, nous leur donnons ce qu'ils
aiment »,
se défend Jean-Loup Bariller.
C. L. et O. R. Sauf que le Syndicat professionnel de
la distribution automatisée veille au grain. En 2001, un projet de
circulaire qui visait à interdire les distributeurs a été tué dans
l'oeuf.
Répartition de la consommation de boissons sucrées
2 %
: Tonics
4 %
: eaux aromatisées
7 % :
Boissons au thé
9 %
: Limonades
26 %
: Boissons aux fruits